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Végétation et Flore

Les conditions écoclimatiques ( précipitations annuelles > 1.600 mm ; saison sèche < 4 mois) placent l’ensemble du PNT et sa périphérie dans le secteur ombrophile du domaine guinéen, caractérisé par la forêt dense humide sempervirente ou forêt ombrophile.

La forêt dense humide est une formation végétale fermée, pluristrate, très hétérogène dans sa composition floristique et dans la taille des végétaux qui la composent. La strate supérieure est formée de grands arbres émergents pouvant atteindre 50 m de hauteur et dont les cimes restent non jointives. Arbres jeunes ou arbres de petite taille forment la strate moyenne - de 25 à 30 m , l’étage le plus fermé de la forêt. La strate inférieure - moins de 10 m - est constituée, d’une part, d’un sous-bois dense d’arbustes ou d’arbrisseaux et, d’autre part, d’un tapis diffus de plantes herbacées, généralement à larges feuilles. Les lianes sont abondantes à tous les étages de la forêt. Racines-échasses et contreforts sont fréquents chez les espèces arborées, ainsi que le phénomène de cauliflorie. Epiphytes et épiphylles sont particulièrement nombreux.

Donnant son caractère sempervirent à ce type de forêt, le phénomène de défeuillaison généralement lié à la saison sèche n’affecte jamais la totalité des espèces : certaines renouvellent leurs feuilles de façon continue, d’autres perdent leurs feuilles tout en formant leurs jeunes feuilles simultanément ; quelques-unes seulement se dénudent complètement.

Typologie des formations végétales

Cette typologie s’appuie sur les travaux de Guillaumet et Adjanohoun qui ont fait la synthèse des travaux antérieurs (Avenard et al. 1971) et distinguent deux grands types de formations forestières sempervirentes dans le Sud-Ouest ivoirien.

La forêt hyper humide à « Diopsyros spp. et Mapania spp. » ou forêt pélohygrophile (Photo n° 2) L’abondance relative des précipitations alliée aux conditions édaphiques roches plutoniques riches en feldspath ; schistes dans le bassin de la Hana – placent l’essentiel du massif à l’ouest, au sud et dans la diagonale suivant la Hana dans des conditions d’économie en eau particulièrement favorables aux formations forestières. L’humidité édaphique le long de la Hana et de ses affluents contribue aussi à la remontée de cette formation vers le nord-est, en y compensant la baisse relative de pluviosité.

« Les espèces citées comme caractéristiques par G. Mangenot sont : Bufforestia mannii, Ctenitis variabilis, Mapania baldwinii, Mapania coriandrum, Mapania linderi, Trichomanes guineense parmi les herbes ; Eremospatha hookeri, Tetracera potatoria pour les lianes ; Chytranthus setosus, Diopsyros gabunensis, Diospyros chevalieri, Drypetes aylmeri, Soyauxia floribunda, Cephaelis yapoensis sont des arbustes ou arbrisseaux ; Tarrietia utilis, un grand arbre exploité sous le nom de niangon.

On peut y ajouter Acridocarpus longifolius, Cephaelis biaurita, Coffea humilis, Dicranolepis persei, Eugenia miegeana, Lasianthus batangensis, Neostenanthera gabonensis, Palisota barteri, Renealmia maculata, Chytranthus mangenotii, Placodiscus pseudostipularis, dans les sous-bois, Trichoscypha beguei, Deinbollia cuneifolia pour les strates supérieures. L’assemblage de ces espèces, leur vitalité sont caractéristiques de ce type de forêt entre Sassandra et Cavally.

Un arbuste, Scaphopetalum amoenum, est très caractéristique de cette forêt, mais il n’est pas répandu partout, seulement en petits peuplements denses dont il exclut pratiquement toutes les autres espèces, sauf les grands arbres.

Ce type de forêt présente la plus grande diversité floristique de tous les groupements ivoiriens. La répartition dépend étroitement de la topographie : Scaphopetalum amoenum est presque toujours sur les pentes, Tarrietia utilis ne se trouve pratiquement jamais sur les sommets gravillonnaires, mais sur les pentes et les parties basses non inondables où il se mêle à différents palmiers-lianes (Guillaumet et Adjanohoun in Avenard et al. 1971). »

La forêt sempervirente à « Eremospatha macrocarpa et Diospyros mannii »

Groupement fondamental des forêts sempervirentes, ce type occupe le nord-ouest, le nord et le sud-est du massif. « Ce type de forêt est essentiellement basé sur des critères négatifs : absence des espèces propres aux autres groupements. Son déterminisme est climatique, il dépend d’une économie en eau moyenne. Sur des sols issus de granites ou de migmatites souvent appauvris en argile, il lui faut au moins 1.700 mm d’eau par an avec un déficit hydrique ne s’étendant pas sur plus de quatre mois ;

Les espèces caractéristiques sont, d’après Mangenot (1955) : Antidesma membranaceum, Chrysophyllum pruniforme, Diospyros mannii, Diospyros kamerunensis, Dracaena humilis, Ixora laxiflora, Memecylon guineense, Ouratea schoenleiniana, Pachypodanthium staudtii, Ptychopetalum anceps, Scytopetalum tieghemii, toutes espèces érigées ligneuses ; Dichapetalum toxicarium, Eremospatha macrocarpa sont des lianes (Guillaumet et Adjanohoun in Avenard et al. 1971).

Outre les formes dégradées de ces types forêt secondarisée par l’exploitation forestière, jachères à divers stades de développement, divers groupements particuliers liés aux conditions édaphiques, forestiers ou non, existent à côté de ces deux principaux types :

Les forêts sur sols hydromorphes :

  • forêt marécageuse à Hallea ledermannii – ex. Mitragyna ciliata et Symphonia globulifera, sur des sols gorgés d’eau ; la stratification y est simplifiée, avec un étage supérieur homogène, peu élevé, dense, pauvre en lianes et un sous-bois riche en plantes herbacées.
  • forêt ripicole à Uapaca heudelotii, Xylopia parviflora, Cathormion altissimum, Crudia klainei, Hexalobus crispiflorus, Pterocarpus santalinoides, Milletia spp., Cleistopholis patens, Carapa procera, Gilbertiodendron limba, sur les bourrelets de berges ;
  • forêt périodiquement inondée à Heteropteris leona, avec une relative abondance parmi les arbres de Sacoglottis gabonensis, Cola lateritia, Parkia bicolor, Pentaclethra macrophylla ; cette formation conditionnée par une inondation annuelle importante est cantonnée à quelques rives de la Hana et de l’Audrénisrou. Appartenant au « faciès sassandrien » (cf. § 2.5.2 ci-après), elle est dominée par Plagiosyphon emarginatus, dans la strate arborée, et Neosloetiopsis kamerunensis, arbuste du sous- bois.

La végétation de rochers découverts,
ensemble de formations xérophiles localisées au mont Niénokoué, inselberg granitique au sud-ouest du massif ; Aidia genipiflora et Strychnos longicauda occupent les éboulis de bas de pente, tandis que Plagiosiphon emarginatus forme les forêts basses sur les éboulis frais. Afrotrilepis pilosa, une Cyperaceae à gros touradons, colonise les rochers secs, associée à l’orchidée terrestre Polystachia microbambusa. Les arbres Hildegardia barteri et Spathodea campanulata se développent en lisière de la forêt sommitale.

La végétation aquatique,
dans les cours d’eau permanents et dans les eaux du barrage de Buyo ; Dans les cours d’eau, cette végétation est soumise à la rapidité des eaux et à leur profondeur ainsi qu’au degré d’ensoleillement. Sur la rive du barrage de Buyo, la variation du niveau des eaux a une incidence sensible sur la végétation herbacée des berges, mais elle n’a pas encore été décrite. La surface des eaux du barrage est envahie depuis de nombreuses années par les laitues d’eau Pistia stratiotes à caractère saisonnier et par les jacinthes d’eau Eichhornia crassipes à caractère permanent.

les formations végétales anthropiques

Il s’agit des mosaïques de cultures et de lambeaux de forêt sur les terroirs agricoles dépendant de Djapadji, Walèbo et Sarakagui à l’est du PNT, sur environ 5.600 ha. La culture dominante y est le cacao, les plantations renfermant généralement un certain nombre d’arbres conservés lors des défrichements, soit pour leur utilité pour le paysan espèces naturelles fruitières ou médicinales, soit en limite de parcelles d’âges différents, quand l’abattage aurait endommagé une culture déjà installée.

Les jachères, peu étendues dans ces terroirs, sont de façon générale envahies par Chromolaena odorata A l’ouest, dans la zone de Taï, l’abattage des plantations paysannes de cacao et de café, en fin 1999 début 2000, a laissé la place à des formations secondaires de reconstitution de la forêt naturelle. La régénération pourra être localement freinée par des lianes envahissantes, mais celles-ci ont une utilité certaine en contribuant à l’étouffement des rejets de cacaoyer ou de caféier. Autre « frein » dans la régénération, l’eupatoire est plus abondante là où le feu avait été mis aux parcelles venant d’être nettoyées en mars-avril 1997, après la décision gouvernementale de destruction des plantations à l’intérieur des parcs nationaux et réserves. Mais la présence diffuse d’arbres préexistants et de palmiers au sein des parcelles semble pouvoir permettre une réinstallation progressive de forêt secondaire.

Diversité floristique

Le « massif protégé de Taï » proprement dit a été partiellement prospecté en 1974 par le Pr Aké Assi, qui a pu y relever 870 espèces – sur la piste joignant Taï à Soubré, aux environs de la station d’écologie et du Mont Niénokoué.

Dans l’état actuel des connaissances, le Parc national de Taï compte approximativement 1.200 espèces de Végétaux supérieurs. La probabilité d’atteindre un nombre réel d’espèces de plantes dans le « massif protégé de Taï » compris entre 1500 et 2000 est une hypothèse plausible. Sur le plan phytogéographique, 80% des espèces végétales de l’Espace Taï appartiennent au bloc floristique guinéo-congolais – forêts denses humides d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique équatoriale –, les autres étant des espèces pantropicales.

Sur les éléments floristiques propres au bloc guinéo-congolais, 6 familles et environ 200 espèces sont strictement endémiques à l’Afrique de l’Ouest. Les familles endémiques sont les Dioncophyllaceae, Medusandraceae, Pandaceae, Hoplestimataceae, Octonemaceae et Scytopetalaceae

Au cours des premières prospections botaniques, environ 160 espèces ont été rencontrées plus particulièrement à l’ouest du fleuve Sassandra dans les forêts hygrophiles. Elles ont alors été qualifiées de « Sassandriennes », bien que certaines d’entre elles ont été depuis observées dans la région « sud-est de la Côte d’Ivoire / sud-ouest du Ghana » ou même dans le massif camerouno-congolais – sans caractère d’endémisme ouest-africain. Presque toutes les sassandriennes sont des arbres (dont le géant Brachystegia leonensis Burt Davy & Hutch. – Caesalpiniaceae – confiné à la région de Grabo), des arbustes et des lianes ligneuses, .../... Ce sont des éléments des forêts de terre ferme, marécageuses et ripicoles. Tous marquent profondément les formations végétales climaciques et leur confèrent ce « faciès » sassandrien particulier. Ce n’est que très sporadiquement que certaines se rencontreront dans des groupements secondaires, comme le très beau Duparquetia orchidacea Baill. (Caesalpiniaceae) qui est une liane de grande forêt » (Riezebos et al. 1994).

A propos des Sassandriennes, Guillaumet précise aussi les points suivants : « L’endémisme sassandrien se situe essentiellement au niveau spécifique, à l’exception de quelques genres : Triphyophyllum, avec une unique espèce lianescente localement abondante, de la famille des Dioncophyllaceae .../... , Monosalpinx (Rubiaceae), une seule espèce connue en Côte d’Ivoire .../... , Polystemonanthus (Caesalpiniaceae) et Kantou (Sapotaceae) – appelé maintenant Inhambarella – avec l’unique et rare espèce Kantou (Inhambarella) guereensis, arbre sacré des Guéré. …/…

Endémisme et rareté

Au-delà du caractère d’endémisme – « sassandrien » ou « d’Afrique de l’Ouest » –, les botanistes qualifient certaines espèces de « très rares » – ‘black stars’ du Ghana – ou « rares » – ‘gold stars’ – et « dépendantes de mesures de conservation pour leur survie » (Hawthorne & Abu-Juam 1995 pour le Ghana ; Projet ECOSYN à paraître).

Les prospections floristiques récentes dans le sud de l’Espace Taï ont permis de progresser dans la connaissance de la présence et de la répartition des espèces intéressantes pour la conservation.

Catégories et nombre d’espèces selon leur importance pour la conservation dans trois secteurs de l’Espace Taï

Catégories d’intérêt pour la conservation Piste Taï-Soubré & Station IET Bordures Sud du PNT Forêt Classée de la Haute Dodo Total « massif protégé » Total « Espace Taï »
espèces avec un intérêt spécial pour la conservation , Sassandrienne, endémique de Côte d’Ivoire ou d’Afrique de l’Ouest 206 233 218 277 321
espèces avec moins d’intérêt pour la conservation 569 690 573 850 942
espèces dont l’intérêt reste à déterminer – non codées 70 17 96 81 158
Total 845 940 887 1 208 1 421

De nombreuses espèces sont naturellement communes à deux ou trois des secteurs inventoriés. Les totaux des deux colonnes de droite tiennent compte de ces espèces communes.

Ces chiffres appellent plusieurs remarques qui ont de l’importance vis à vis de la conservation :

  • Les prospections récentes dans le sud du PNT ont ajouté 359 espèces à la flore du « massif protégé » – dont 71 importantes pour la conservation.
    Cela témoigne de la richesse floristique particulière du secteur au sein du « massif protégé », et cela plus précisément dans la zone de Djouroutou.
  • La Forêt Classée de la Haute Dodo compte au moins 213 espèces non encore trouvées dans la flore du « massif protégé de Taï » – dont 44 importantes pour la conservation.
    Ce résultat semble pouvoir confirmer l’hypothèse que le centre de plus grande diversité floristique se trouve au sud du « massif protégé », en direction des collines de Grabo et du mont Kopé.

Dans l’état actuel des connaissances, l’Espace Taï renferme au moins 32% des espèces végétales des forêts denses humides d’Afrique de l’Ouest – soit 1.421 espèces sur près de 4.500 recensées – et 65% des espèces rares ou endémiques – soit 321 espèces sur 494.